Next 40 & French Tech 120: Sale histoire

“On est pas sélectionné par la FT pour le next 120 alors que l’on croit de 10x en 2 ans. As tu un pouvoir de négociation avec eux? C’est un peu hallucinant cette histoire...”

“Pour info, on a pas été sélectionné dans le FT120.... Arnaque ! 2500% de croissance en 3 ans, cette année on fera plus de 50M, méga rentable, et en plus c’est eux qui sont venus me voir pour nous demander de postuler…”

Je ne peux rien faire.
Passe à autre chose.
Sale histoire.

Le classement French Tech 120, à part les médias tech qui vont savoir quoi faire la semaine prochaine, les entrepreneurs et investisseurs en manque d’inspiration pendant leurs discussions d’afterwork, et évidemment les sélectionnés… Le reste s’en moque un peu, même s’ils s’en plaignent.

Je ne me suis jamais mêlé de ces classements, ils ne m’intéressent absolument pas. Notre portefeuille de startups chez Kima Ventures représente 25% du Next 40, et si collectivement nous devions prendre une initiative forte, ce serait probablement celle de se retirer, en remerciant le gouvernement de ses bonnes intentions.

On se trompe parfois, il suffit juste de l’accepter, d’apprendre et de rectifier le tir. Même si j’ai peu d’espoir qu’ils retirent cette fausse bonne idée bien engagée, ça vexerait probablement quelques personnes.

Déjà vu

Entre 2008 et 2011, j’accompagnais des entreprises, dites de petites tailles (un chiffre d’affaires de quelques dizaines de millions d’euros par an, tout juste rentable), dans leurs opérations de cotation sur Alternext, renommé Euronext Growth en juin 2017.

Les arguments que nous avancions pour convaincre les entrepreneurs de réaliser une telle opération étaient toujours les mêmes:

  • C’est bon pour la notoriété de l’entreprise;

  • Ca permet de créer de la liquidité;

  • On peut ensuite se financer sur le marché.

Seulement, aucun de ces arguments n’était valable, en tous les cas pas pour les entreprises de cette taille:

  • Quand vous êtes une petite entreprise, c’est votre véritable réussite qui permet de bâtir une notoriété durable, et vos quelques passages dans les médias s’estompent rapidement. Le fait que vous soyez cotés, honnêtement, tout le monde s’en moque;

  • Pour qu’il y ait de la liquidité, il faut de l’offre et de la demande, de manière suffisamment abondante pour que les échanges soient fréquents, dynamiques, et que le prix que reflètent ces échanges soit le plus proche possible de la véritable valeur de marché de l’entreprise. Sauf que ces entreprises sont petites, vulnérables, avec des perspectives de croissance incertaines. Rares sont donc les investisseurs qui s’y risquent. La liquidité est donc limitée.

  • Enfin, pour se faire financer, il ne suffit pas d’être coté, il faut être crédible. Et bien que le fait d’être coté en bourse suppose que l’entreprise publie des comptes de manière régulière et rigoureuse, ça ne prévaut pas de sa performance. Donc pour se faire financer, le marché n’est qu’un moyen comme un autre, avec les mêmes exigences.

Je n’ai pas besoin de vous convaincre que le marché coté des entreprises de petites et moyennes tailles est une aberration, les chiffres parlent d’eux même:

Mi 2007, deux ans après sa création, Alternext (Euronext Growth) comptait près de 100 sociétés cotées représentant un encours de 5,4 milliards d'euros. Une prouesse se disait-on, alors qu’en réalité, c’était juste un appel d’air sans réelle substance. En 2019, plus de dix ans après, l’indice d’Euronext Growth comptait 200 sociétés cotées totalisant une capitalisation boursière de 12,1 milliards d’euros. Ces sociétés avait levé 128 millions d’euros lors d’opérations primaires, un maigre pécule. Et avec une capitalisation boursière médiane de 23 millions d’euros, on ne peut pas dire que ce soit très flamboyant.

Sur un marché régulé et réglementé, censé sélectionner des entreprises pour leur sérieux malgré leur taille modeste, qui exige d’ailleurs que ses participants publient leurs comptes de manière régulière et rigoureuse, les instigateurs peinent à créer l’émulation qu’ils espéraient tant.

Alors imaginez pour des startups 😅

L’histoire se répète

Quand on parle donc des indices Next 40 et French Tech 120, malheureusement, on connait déjà l’histoire… Et les perspectives qu’offrent les prémices ne sont pas brillantes:

Comment votre startup est-elle sélectionnée ?

Il faut postuler, sur la base de l’argent que vous avez réussi à lever et sur votre croissance évidemment. Pas de panique sur les sujets liés à la rentabilité, on n’est pas là pour parler des sujets qui fâchent. En revanche, si vous n’avez pas levé d’argent, et que votre croissance rentable est maitrisée, merci d’aller voir ailleurs. Vous brulez une tonne d’argent avec un manque manifeste de visibilité malgré l’hyper croissance que vous affichez, aucun problème, vous êtes carrément éligible, avec une belle chance que votre boite soit sélectionnée.

Hyper-croissance, pour vous donner un petit ordre d’idée, on parle notamment de boites qui sont passées de 10 à 20M de chiffre d’affaires, en perdant 15 à 20M sur la même période… Ou certaines dont le volume d’affaires est passé de 20 à 40M en un an, alors que leur commission avoisine timidement les 15%. En gros, elles font un petit plus de 5M de chiffre d’affaires…

Souriez, ce n’est pas fini :)

Que se passe-t-il tous les ans pour ces indices ?

Personne ne le sait… Est ce qu’on les renouvelle, comme une saison sportive, en faisant monter les nouvelles pépites et en dégradant les autres ?

Si on ne le fait pas, on ne tient pas compte des évolutions du marché, ce classement devient une aberration. Et si on le fait, on range les anciens au placard, comme des perdants non-méritants, et ce classement devient un beau casse-pipe.

Belle impasse. Beau message.

Que pouvez vous gagner ?

Si vous êtes sélectionnés, vous pouvez bénéficier de privilèges que les autres entreprises n’auront pas. Donc on décide, suite à une sélection impossible à réaliser de manière diligente, de mettre en avant des entreprises face à d’autres. Oui, je parle de vous là bas, ceux au fond, qui ont rien demandé mais qui visiblement sont moins importantes que les autres puisque vous n’aurez pas le même traitement de faveur, désolé.

Par exemple, si vous êtes un entrepreneur dont la société a 50M en banque, qui réalise 30M de chiffre d’affaires pour 10M de résultat opérationnel, en croissance de 200% par rapport à l’année précédente, en générant 90% de votre chiffre d’affaires à l’International, ça peut donner ça…

Conclusion

Il est irresponsable de figer un classement d’entreprises dont l’équilibre économique est extrêmement fragile, qui perdent autant d’argent qu’elles en lèvent, et pour lesquelles l’avenir est très incertain malgré leur volonté farouche de devenir des icônes.

C’est comme si Kima Ventures décidait de publier les 42 meilleurs boites de son portefeuille, envoyant ainsi un message aux quelques 750 autres comme quoi elles ne sont pas dignes de reconnaissance. C’est sans aucun doute injuste. Et dégueulasse.

Pour autant, dans un monde discrétionnaire, tout le monde a sa chance, c’est une compétition qu’on peut tous gagner si on en a réellement envie. Il faut choisir la course qu’on peut gagner et progresser à mesure qu’on accumule les victoires.

Pour finir sur une note positive, il faut rappeler tout de même que le gouvernement agit relativement vite et bien sur certains sujets cruciaux comme les plans d’intéressement salariés ou encore l’embauche de talents étrangers. Ce sont des mesures incroyables qui changent réellement la donne sur le développement des futures icônes françaises de la tech.

Maintenant, haut les coeurs !
On a du boulot :)

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